Le désordre mondial : crise du multilatéralisme, crise de la démocratie
La crise de la gouvernance mondiale, cette incapacité à adapter un système mis en place après la Seconde Guerre mondiale à un univers profondément bouleversé par la mondialisation des échanges et des chocs technologiques à répétition, renverrait-elle à un dérèglement au moins aussi important du fonctionnement des institutions politiques dans le cadre national ? C’est ce que suggère Pascal Lamy quand il estime que « les gouvernements doivent traiter les problèmes dans un environnement dans lequel leur pouvoir relatif a lui aussi changé ».
Il s’agit d’abord de leur perte de contrôle sur des « chaînes globales de valeur » qui ignorent les vieilles frontières des États-nations, même les plus puissants d’entre eux. Dans une présentation provocante plaidant pour une « OMC 2.0 », Richard Baldwin, des universités de Genève et d’Oxford, souligne que 80 % des échanges mondiaux sont aujourd’hui le fait de deux mille firmes internationales et majoritairement composés de transactions au sein des réseaux mondiaux de ces entreprises et de leurs fournisseurs. Face à cette réalité que, manifestement, elles ne connaissent ni ne comprennent, le provincialisme des classes politiques nationales fait peine à voir. « Il ne s’agit pas de savoir si on abandonne davantage de souveraineté mais d’un changement dans la notion même de souveraineté », observe lucidement Micheline Calmy-Rey, ancienne présidente de la Confédération helvétique.
Il s’agit aussi, et comme conséquence de ces phénomènes, de la perte de légitimité croissante de l’exercice traditionnel du pouvoir politique. « 13 % seulement des personnes interrogées dans un récent sondage pensent que les électeurs ont une quelconque influence sur les gouvernements dans les pays démocratiques », relève Sharan Burrow, secrétaire général de la Confédération internationale des syndicats libres, qui dénonce « le naufrage » du système multilatéral, « le risque de marginalisation d’une, voire de deux générations de travailleurs » dans certains pays industrialisés, la régression des droits fondamentaux et la destruction « du tissu humain lui-même » sous l’effet de la crise, par exemple en Grèce.
Source : Mediapart

